Uncategorized

Quatre cents opérations en Tunisie, aucun certificat chez nous!

Ce que l’écart entre deux pays dit de la ZLECAf, et pourquoi il ne se comble pas par un décret

Par Assome Aminata Diatta | 20 octobre 2026

Le 7 octobre, le ministre tunisien du Commerce a donné un chiffre. Depuis le premier certificat d’origine délivré en mai 2023, plus de quatre cents opérations d’exportation et d’importation ont été réalisées en Tunisie sous le régime de la ZLECAf.

Et il a ajouté une phrase qu’il faut lire deux fois : pour le secteur privé, l’enjeu n’est plus de savoir si le dispositif existe.

Commençons par dire que quatre cents, c’est peu

Je ne vais pas transformer ce chiffre en réussite. Quatre cents opérations en trois ans et demi, pour une économie de la taille de la Tunisie, c’est modeste. Rapporté au commerce extérieur tunisien, cela reste anecdotique.

Mais c’est quatre cents de plus que nous.

Au moment où j’écrivais le premier numéro de cette publication, en août, le Sénégal avait désigné son autorité compétente pour la délivrance des certificats d’origine ZLECAf, et aucun certificat n’avait encore été émis. Pas un seul. L’écart avec la Tunisie n’est donc pas un écart de performance. C’est un écart de nature : d’un côté une procédure qui fonctionne, même lentement, de l’autre une procédure qui n’a jamais tourné.

Ce que l’écart n’est pas

Il serait commode d’expliquer cela par un manque de volonté politique. Ce serait faux, et ce serait surtout inutile.

Le Sénégal a signé, ratifié, désigné. Il a participé à la négociation, et il a présidé le Conseil des ministres du commerce de la ZLECAf. L’engagement n’est pas en cause.

L’écart se situe ailleurs, et il est beaucoup plus banal. Pour qu’un certificat existe, il faut qu’une entreprise sache qu’elle peut le demander, qu’elle sache à qui, qu’un agent sache recevoir le dossier, qu’il sache examiner un critère d’origine, et qu’il signe. Cinq gestes. Aucun n’est politique. Tous sont opérationnels, et il suffit qu’un seul manque pour que la chaîne entière reste à l’arrêt.

C’est exactement ce que dit le ministre tunisien quand il affirme que la question n’est plus de savoir si le dispositif existe. Un dispositif qui existe sur le papier et un dispositif qui délivre sont deux choses différentes, et la distance entre les deux ne se franchit pas par un texte supplémentaire.

Ce que cet écart nous coûte, en une phrase

Voici le détail qui devrait nous arrêter.

Nos ventes de poisson frais vers la Tunisie ont progressé de 232 % en 2025, au tarif plein. Nous vendons donc, en quantité croissante, au pays même qui a appris à se servir de l’accord, et nous payons le droit de douane qu’il ne paie plus.

La demande existe. Le marché progresse sans aide. Le seul élément manquant est un document que nous ne délivrons pas encore.

C’est le point que je répète depuis trois numéros, et cet exemple le rend indiscutable : ce qui nous manque n’est pas le marché, c’est la procédure.

Ce qu’une entreprise peut faire sans attendre

Je termine toujours par là, parce qu’une analyse qui n’indique pas le geste suivant ne sert à personne.

Sous 5 000 dollars, vous n’avez besoin de personne. L’Accord prévoit que l’exportateur déclare lui-même l’origine sur sa facture, sans passer par aucune administration. C’est une faculté ouverte aujourd’hui, et elle couvre beaucoup d’expéditions de prospection.

Au-delà, demandez formellement, et par écrit. Une demande écrite qui reste sans réponse est une information, et c’est aussi ce qui finit par faire bouger une procédure. Les dispositifs qui ne tournent pas sont souvent ceux que personne n’a jamais sollicités.

Vérifiez d’abord si votre produit en a besoin. Si vous vendez dans l’UEMOA, vos marchandises circulent déjà en franchise et la ZLECAf ne vous apporte rien. Le certificat ne vaut que pour les marchés situés au-delà, et la Tunisie en fait partie.

Ces trois gestes, et la procédure complète qui va derrière, seront détaillés lors du webinaire gratuit du jeudi 5 novembre, de 15h à 16h, heure de Dakar.

Sources : Managers, 7 octobre 2026, déclaration du ministre tunisien du Commerce Samir Abid, reprise de l’agence TAP ; Le Point Stratégique n° 1, Assome Mbodja & Associates, août 2026 ; Agence nationale de la statistique et de la démographie, commerce extérieur 2025.

Assome Aminata Diatta
Écrit par Assome Aminata Diatta
Fondatrice — Assomembodja & Associates

Ancienne Ministre du Commerce du Sénégal et Présidente du Conseil des ministres de la ZLECAf. Dix-sept ans passés à construire et négocier les règles du commerce africain — aujourd'hui au service de ceux qui doivent décider d'investir en Afrique de l'Ouest.

À propos de l'auteure →

Une décision à prendre sur le Sénégal ou l'Afrique de l'Ouest ?

Si vous avez besoin de savoir ce que les rapports ne vous diront pas, écrivez-nous.

info@assomembodja.com
Partager LinkedIn X E-mail
← Toutes les publications